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L'affaire Twitter/Seesmic : réflexions

Twitter a récemment fait l’acquisition de Tweetiepopulaire client Twitter pour iPhone. Cela, conjugué au lancement d’un client Blackberry et aux propos d’un des investisseurs de Twitter, a semé inquiétude et irritation parmi les développeurs d’applications Twitter.

En effet, Twitter leur avait jusqu’à présent laissé les coudées franches pour innover. Et innover ils l’ont fait en lançant en quelques années des milliers d’applications. Ces applications ont joué un rôle déterminant dans la croissance phénoménale de Twitter. Or il est désormais clair, ainsi que le souligne TechCrunch, que Twitter a décidé d’investir la place afin d’assoir son nouveau modèle économique. Pour cela, soit donc il fera l’acquisition des startups qui l’intéressent soit il développera les briques qui lui font défaut, entrant ainsi en concurrence avec ses partenaires.

Non sans sado-masochisme, l’auteur de l’article de TechCrunch, Michael Arrington, fait un cas d’espèce de la startup de Loïc Le MeurSeesmic. Ce cas est intéressant et instructif.

Il ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier.

C’est la première chose qui m’est venue à l’esprit lorsque j’ai lu l’article de TechCrunch. Qu’une entreprise qui s’est appuyée sur des développeurs tiers pour croître finisse par entrer en concurrence avec ces mêmes développeurs, cela n’a rien de nouveau : Microsoft, eBay ou Apple l’ont déjà fait. Plus généralement, c’est une chose bien connue dans les affaires qu’il est dangereux pour un prestataire de trop dépendre d’un seul client : un revirement de celui-ci, et c’est l’activité de celui-là qui est menacée. J’aime d’autant moins cela ici que Twitter est une société qui, jusqu’à il y a peu, n’avait pas de modèle économique : aucune activité n’était donc à l’abris de son appêtit.

Pour ma part, c’est une des raisons pour laquelle je n’aime pas trop ces business que je qualifierai de business rémora. Si vous rencontrez le succès et si la plateforme ne vous rachète pas, vous êtes condamné à quitter la partie ou bien, plus ou moins, à vous battre à armes inégales.

Le cas Seesmic est d’autant plus délicat qu’il a levé 12 millions de dollars, ce qui en fait une « proie » probablement trop chère pour Twitter par rapport à l’option pour ce dernier de développer un outil concurrent en s’appuyant sur sa propre marque. Tel n’était pas le cas de Tweetie, qui ne comptait guère qu’une personne. On voit ici que dans le cas d’un business rémora, il peut être dangereux de démarrer avec trop d’argent. (Précisons toutefois que Seesmic avait levé cet argent du temps de sa première activité, depuis abandonnée : la conversation vidéo sur Internet.)

Mais Loïc Le Meur est un entrepreneur talentueux et aguerri et, quoiqu’il ait été surpris, comme nombre de personnes, par ce revirement stratégique de Twitter, il avait déjà commencé à se diversifier en offrant aux utilisateurs de Seesmic la possibilité de gérer leur activité sur Facebook. Il a de plus acheté Ping, outil qui permet de diffuser ses messages sur des dizaines de réseaux sociaux. Surtout, il a lancé dernièrement une nouvelle version de Seesmic qui en fait une plateforme à part entière ou des développeurs tiers pourront proposer des plugins (!). L’ambition est de faire de Seesmic la plateforme de gestion de toute son activité sociale : non pas seulement Twitter ou Facebook mais également Linkedin, YouTube, Digg…

Cette orientation stratégique me paraît être la seule viable dans le cas d’un business où l’on ne peut pas contrôler ses sources d’approvisionnement.  Il faut faire en sorte qu’aucune d’elles ne soit si importante que, viendrait-elle à disparaître, son activité se trouverait en danger.

L’exemple de Google est intéressant. Google est dépendant des sites Web : si tous lui barraient l’accès, il ne servirait à rien. Toutefois, des sites Internet, il en est des centaines de millions, et aucune force ne les fédère. Les sources de Google sont donc nombreuses et fragmentées, ce qui lui garantit une certaine pérennité.

Cela ne l’empeche pas d’être vigilant. Twitter a longtemps interdit à Google d’indexer les messages de ses utilisateurs. Twitter devenant toujours plus important, la situation n’était plus tenable pour la firme de Mountain View et, contre un gros chèque, il répara cette lacune.

Je conclus par un pearltree sur ce sujet : Twitter vs developers//